[28 septembre 2001 - 22 mai 2009]
Victor
Il a vécu la moitié de ma vie à mes côtés. Je l'ai pas vu vieillir. Ce lien qui nous unissait était un des plus rares et des plus forts que j'ai pu connaitre. J'étais une toute petite fille, huit neuf ans, quand elle est venue avec nous. Toujours à piou-piouter quand je n'allais pas bien, se nicher sur mon corps chaud.
Je ne réalise pas encore bien qu'elle est partie.
Mais je suis tellement égoïste, ce n'est pas sa faute si elle est partie.
Au matin, quand j'ai retrouvé son petit corps inerte, je continuais pourtant à espérer un soubresaut de son c½ur, qu'elle se réveille. Mais elle a déjà fait tellement pour moi. Personne ne pourra prendre sa place. Elle m'a offert un amour différent, bien différent de celui d'un humain... Elle repose désormais dans un jardin, en communion avec une nature qu'elle n'a jamais connu.
Le silence était lourd. C'était comme si la vie était partie de cette maison.
Maintenant que j'y pense, je n'ai jamais pleuré la mort d'un être humain. Aucun n'avait cet attachement si particulier qu'elle avait pu avoir avec moi. Je ne suis pourtant pas d'un naturel spiritueux, cependant je ne peux pas m'empêcher de lui parler tout haut en me persuadant qu'elle m'entend, qu'elle veille sur moi. Je pensais que je finirais à un moment ou à un autre à accepter son départ, je le savais depuis le jour où je l'ai eue qu'elle partirait avant moi.
Je savais aussi que j'en souffrirais : s'attacher à un animal, c'était se promettre cette souffrance dans l'avenir.
Je n'arrête pas de me tracasser et d'espérer qu'elle n'ai jamais souhaité une meilleure vie. Personne, pas même un humain ne pourra la remplacer.
Une partie de moi est morte avec elle et j'en suis consciente.
Chaque fois que je me rappelle la douceur de ses plumes et son petit regard attendrissant, j'ai toujours cette grosse boule dans la gorge. Je n'ai jamais pleuré d'humain mais je pleure une petite bête dite sans cervelle...
C'est cette notion de "jamais" qui me rends triste, puisque je peux le dire : jamais elle ne reviendra.
Et c'est là que je me rends compte à quel point je l'aimais... A quel point cela pouvait être fort.